Qui êtes-vous et pourquoi souhaiteriez-vous l'intervention de l'ASBL MGRJA ?
Je suis Monsieur BAHIA Mohamed Salem, je suis né en 1958 à BOUJDOUR (Maroc).
Je sollicite votre intervention pour faire la lumière sur le traitement dont j'étais victime.
Je me trouvais à GHERGHER à 175 km BOUJDOUR (Maroc) dans ma Jeep Lange Rover quant soudainement les agents du Polisario ont fait tombé sous les balles environ 45 personnes et ont fait capturé 32 personnes et j'étais l'un de ces derniers.
J'étais marié à l'époque et père d'un garçon et d'une fille.
Pour quelle raison cette attaque avait eu lieu ?
Les agents du Polisario considèrent comme ennemi toute personne qui ne rallie pas leur rang.
J'étais, à l'époque de la présence espagnole ici, élu comme Cheik et bien connu par le Polisario surtout dans mes positions à l'égard des agissements.
Les agents du Polisario m'ont conduit à la prison RACHID où mon emprisonnement a duré trois ans, c'est-à-dire de 1976 à 1978. Ensuite ils m'ont transféré à la prison dite ZAHBIA soit environ 70 km au sud-est de TINDOUF. Dans la prison de ZAHBIA j'ai été emprisonné jusqu'en 1982.
Le 12/02/1982, j'ai organisé ma fuite de la prison avec le dénommé Othman Hmeydé Bennou. Ce dernier s'est livré tandis que moi, j'ai lutté contre eux jusqu'au moment ou trois bales m'ont touché :
La première à pénétré près de mon oreille gauche et est sortie au dessous de l'½il droit ;
La deuxième et la troisième sont entrées dans ma cuisse droite pour sortir l'une par le genou et l'autre par le dos.
Quel Tribunal vous a condamné à toutes ces années de prison ?
Aucun Tribunal, on m'a promis la mort, mais le fait d'être élu le 10/06/1973, je me trouvais par chance sur la liste avancée par l'ONU. Grâce à cette liste, j'ai été libéré environ 6 mois plus tard.
On m'attache les mains derrière mon dos et tout en liant également mes jambes on me suspend dans l'aire. Quelques fois on m'attache les mains et à l'aide d'une chaise, j'étais soulevé du sol puis en retirant la chaise, ma tête bascule vers le bas et mes pieds vers le haut. Cette torture dure entre une et deux heures et combien de personnes ont succombé. Les traces sont toujours dans mes mains.
La cellule fait environ deux mètres de longueur, 60 à 70 cm de largeur et deux mètres de profondeur et couverte de zingue couvert de terre de sorte que nul n'est à même de distinguer le jour de la nuit.
Dans la cellule j'étais attaché jour et nuit, on me détache une ou deux fois par jour pour faire mes besoins dans un peau et manger.
Le gardien passe plusieurs fois par heure pour faire l'appel, la personne qui ne répond pas à son appel, il le signale par un caillou qu'il dépose sur le toit de la cellule. Ce caillou signifie que le prisonnier doit être bastonné parce qu'il n'a pas répondu à l'appel.
Ma cellule était à ma taille de sorte que je ne peux pas bouger ni dormir puisque je suis menotté les mains à l'arrière de mon dos et l'appel se fait régulièrement.
Le WC était sous la forme d'une peau en métal qui contient environ 5 litres. On nous appelle de temps en temps pour nous conduire dans un lieu où ils nous donnent environ cinq minutes pour nous laver en jetant sur moi une poudre en savons et de l'eau qui était plus froide que les pierres.
J'étais libéré le 4 avril 1988 et j'étais soumis aux travaux forcés de 1976 à 1982 et j'étais dans ma cellule de 1982 à 1988.
Après ma libération, je m'étais engagé avec le Polisario pour identifier les personnes et ce grâce à ma qualité de Cheik élu.
Durant l'interrogatoire, j'avais une bonde qui m'empêche de voir et après on me met une cagoule chaque fois qu'on me fait sortir.
Croyez-vous que les prisonniers sont encore en prison et en vie ?
J'ai été emprisonné avec un français, un italien, quatre espagnoles et un vénézuélien. Ce dernier et le français ont été libérés grâce à la presse française en faveur de ce dernier et la famille de l'espagnol. Malheureusement les quatre espagnols et l'italien ont succombé à la torture.
Moralement et psychologiquement je souffre toujours et je suis devenu un hypertendu à cause de des tortures que j'ai subi.
J'espère que les coupables seront condamnés sur cette terre et au ciel.
Entretien terminé à 12h13.


